Senhal a écrit :
Il n'y a pas de recette originale, ancestrale et vénérable de la Tartiflette, pour la bonne raison qu'elle fut mise au point par un syndicat de fabricants de reblochons (et ils ont eu bien raison, hein), de manière assez tardive.
Tiens, ça me rappelle la manière dont la fondue ("au fromage" s'il faut prééciser en Suisse, ou "fondue savoyarde" en Français de France, ce qui nous fait bien sûr bien rire de ce côté-ci des montagnes, comme les soi-disant trous du gruyère

...), plat identitaire Suisse s'il en est, n'était, jusque dans les années 1950, qu'une spécialité de quelques régions de montagne (Valais et Gruyère, en particulier), dont le cadre de recette (fromage/vin/fécule/ail/kirsch... et encore ! la fondue fribourgeoise au vacherin se fait à l'eau...) n'avait été fixée que vers la fin du XIXe siècle, sur la base de traditions de soupes au pain, au fromage et au petit-lait....
puis dans les années 50, l'Union Suisse du Commerce de Fromage, pour booster la conso de frometon indigène, a donc mis le paquet dans la promotion de la fondue comme plat identitaire et convivial...
Un des axes de promo un peu inattendus, mais terriblement efficaces, a été la fourniture de caquelons et de réchauds aux cuisines de l'armée. (Tiens ils devaient avoir remarqué comment la clope s'est imposée en France à travers les rations des poilus de 14-18).
A l'époque, avec un taux d'inaptitude et d'objection de conscience négligeable, une obligation de servir longue, donc une armée de milice convoquant pratiquement tous les mâles du pays pour un cours de répétition 3 semaines chaque année, l'impact a été excellet, et la fondue s'est imposée comme plat patriotique par excellence...
Mais c'est une tradition "ancestrale" qui n'a, à l'exception de ses régions d'origine, Gruyère et Valais, qu'une cinquantaine d'années.
Bon, maintenant, y'a des gens comme Jérôme Rebetez, le patron de la brasserie des Franches-Montagnes, qui font une promo éhontée de la fondue à la bière artisanale... on verra dans 50 ans ce que ça donne !!

Toutes les opinions se valent, mais certaines ont un budget marketing annuel de 100 millions d'Euros derrière elles. (Tim Webb)