Récit d'une expérience hasardeuse.
A la fin d'une fête de famille, on se retrouve avec quelques fûts de 30 litres percutés.
Problème : il reste encore un avec ~28 litres dedans, et le caviste veut récupérer les fûts et la tireuse dans la semaine.
Second problème : on est déjà rassasié, plus personne n'a soif, et franchement, un saladier de ristretto ne serait pas de refus
Perdu pour perdu, c'est le moment de faire un essai d'embouteillage directement au bec, comme un growler. En vu : l'espoir de ne pas tout perdre et de réussir à en consommer une partie avant une oxydation totale.
Le matos :
- un fut percuté (ici, une petite pils sans prétention)
- une tireuse (qui pousse au CO2, type froid sec)
- des bouteilles (de cidres pour le coup, avec des bouchons porcelaine).
- deux têtes de bois qui te susurrent aux oreilles "tu te fais chier pour rien PM, ça va finir dégueulasse !"
- un fiston qui a assez pitié de son vieux pour lui filer un coup de pince (à 2°C, tu as vite les mains qui s'engourdissent)
Précaution 24 h avant : on force un peu la pression de la bouteille (tirage à 2 bars, on est monté à 2.5 bars pendant 24 h)
Méthodologie :
- on désinfecte les bouteilles
- on règle la tireuse (froid sec) assez bas en température (2°C ici)
- on les remplit sans excès avec le compensateur au plus bas, tout doux, sans remous. Pression du détendeur ramenée à 2 bars.
- sur la fin (3 à 4 cm de vide), on "mousse" (on pousse la poignée du bec au lieu de tirer)
- on "bouche sur mousse". Pas de resucrage.
- dans le doute, on fait une quille comparative
Résultat général 3 mois plus tard :
- Oxydation : non
- changement de couleur : non
- perte d'arômes : non (ou très peu)
- Pétillance : sans changement (non significatif)
Résultat sur la bouteille de comparaison (1 mois après) :
- oxydation : non représentatif
- couleur : pas de changement perceptible
- arôme : une légère perte, petite note métallique en arrière bouche
- Pétillance : suffisante, mais sans excès. Il manque un peu par rapport à la bière embouteillée doucement.
Conclusion de l'essai :
- peut-on embouteiller sans perte et sans contre-pression une bière déjà carbo : oui
- peut-on conserver longtemps cette bière : a priori au moins 2 mois et 3 semaines
- faut-il embouteiller en contre-pression ? Si la bière a une aromatique marquée, ou est sensible à l'oxydation rapide, oui. Mais sur une bière de base sans prétention, pas hyper houblonnée, ça marche aussi sans matos spécifique.
- Représentativité de l'essai : aucun, et je n'ai pas prévu de réitérer dans un avenir proche. Je rapporte cette expérience plutôt positive pour en déstresser certains

