Quoi de plus amusant que se faire surprendre, et se prendre dans la figure nos propres apriori ?
Journée de boulot saoulante, froid, fatigue de la semaine et rien d'autre qu'une envie de bouillon.
En passant chercher ma barquette de légumes et qq topinambours je ne peux m'empêcher de m'arrêter au rayon bières...
Rien de bien surprenant n'est ce pas ?
Et je tombe là dessus :

Un coup d'oeil :
- Brooklyn Brand
- Product of USA
- 6,9%
- East India Pale ALe
- The Brooklyn Brewery, Brooklyn, New York.
Mouais...
L'idée de me réveiller un peu les papilles avec une IPA me branchait bien,
mais j'avoue que les mots Brooklyn, New York et Brewery m'inspiraient plutôt de la méfiance.
Faut pas mourir idiot, je prends donc 1 IPA, et 1 Brown Ale de la même brasserie (prudent le gars).
Une petite heure en bas du frigo histoire de les laisser se poser un peu...
Et puis je ne résiste pas.
Je décapsule l'East IPA, la verse précautionneusement dans ma coupe Brassam 2009, (ben oui, le grès ça fait mousser)
Et là...
Je hume... et je hummmmmm...
Les naseaux s'éveillent, chatouillés agréablement par une première note... alcoolisée.
Oui, oui. Alcoolisée. Je vérifie le taux d'alcool... 6,9% et pourtant elle a un nez assez proche d'une triple belge... étrange.
(j'entends déjà les puristes hurler et se dresser leurs poils).
Deuxième aspiration : toujours cette attaque assez éthérée, et enfin, la petite troupe de houblons, pas la cavalerie non,
quelque chose de plus délicat, ballade tranquille, petit trop, comme pour un défilé.
Des houblons houblonnesques... je veux dire par là, ni tellement fleuris, ni démesurément amers, quelque chose de plus... végétal, herbeux,
quelque chose de plus... houblon quoi ! (enfin ce qui pour moi définit l'essence même de l'amertume du houblon... médian!)
Ca commence bien !
Beaucoup de mousse... (le grès). Une belle mousse assez fine, dense, dont Arthur pourrait se faire un petit nid douillet (comprenne qui peut).
Une sucée de mousse (sucée damnée!), et cette fois, évidemment, les houblons se déchainent.
Ca tourbillonne, ca continue de réveiller et faire oublier la journée maussade. Ca houblonne avec harmonie encore :
puissance certes, mais non violente. Une amertume à la fois fraîche, ferme, sans pour autant masquer tout le reste...
Et le reste c'est une bouche moëlleuse, vous savez, de celle qui s'étend sur la langue, comme un nectar ni sirupeux, ni mielleux,
juste un velours... non, une soie. Silk... (quel joli mot). Et cette amertume qui rampe lentement en fond de bouche et vient caresser les cotés de la langue.
On détecte qq malts cara, des malts anglais parait il, en tous cas une présence discrète mais réelle qui vient toute en douceur elle aussi
contre balancer l'amertume.
Pour mon Belix : oui, un très très léger trait metallique... Mais vraiment si tu insiste.
Pour la couleur, désolé, je passe. Vu la coupe en grès, il me sera difficile de la décrire, mais la photo ci-dessus en dit assez long
sur cet ambre doré magnifique, sans doute ma couleur préférée. De quoi faire regretter de ne pas en avoir une deuxième à déguster dans un verre en verre...
blanc.
Bon, on retrouve quelques caractéristiques de Bitter anglaises : un moëlleux, le petit trait metallique, une carbonation modérée,
ce très léger goût entre fumé et caramel qu'on décelle dans la Bombardier par exemple, sauf que là, la dose de houblon est nettement supérieure...
mais pas au point de rejoindre les rangs plus classiques des IPA brutes, sauvages, décoiffantes.
Non, sincèrement, ma plus grande surprise est de découvrir une bière harmonieuse, toute en nuance,
franche du collier, mais pacifique (jeu de mot pour l'IPA), séduisante, envoutante même au point que les pauvres 35,5cl
se révèlent rapidement frustrants.
En résumé donc, une bière harmonieuse (non j'ai pas dit équilibrée !). Une bière très très agréable, à la fois par la fraicheur de l'attaque,
par la douceur de son corps (waow, c chaud...) et par le souvenir délicat qu'elle laisse sur la langue, alliance idyllique d'amertume et de douceur,
qui donne envie d'y revenir encore, et encore.
Bon, je crois que vous avez compris.
Maintenant, je ne dis pas que cette bière est la meilleure des IPAs, juste qu'elle m'a beaucoup, beaucoup plu,
voire même : elle m'a séduit.
Et pour en revenir au début de ce sujet : mes apriori, je me les suis pris en pleine poire,
et je viens de tomber amoureux d'une East India Pale Ale, brassée à Brooklyn, New York. (par des Irlandais ? Allez savoir.)
Si quelques uns d'entre vous ont gouté cette bière, je serais curieux d'avoir votre avis...
Bonne dégustation à tous.



