villager a écrit :le vin est uniquement vinifié avec du raisin (enfin les foudres, barriques... contribuent bien entendu sur le goût et la texture du vin) contrairement à la bière où il peut-y avoir une multitude de "chose" rajoutée (épices) qui engendre différents goûts finaux.... et avec de raisin il y a une palette aromatique immense contrairement au bière "nature" à base de malt et de houblon.
Et c'est là que, à mon humble avis, tu te fous profondément le doigt dans l'oeil.
Par manque de perspective sur ce qu'une bière "nature" eau-malts-houblons-levure peut être en termes de complexité aromatique.
Il est vrai qu'en France, y'a une tendance dominante à l'aromatisation et à l'épicerie pas très fine sur des bases qui ont une peine terrible à sortir du "goût belge" (on a aussi un peu ce problème en Suisse romande, les brasseurs Suisses alémaniques n'arrivant, eux, pas à sortir du goût allemand... mais on a une situation en termes de bières importées qui est très favorable).
Mais quand on se trouve face à des bières conçues par des brasseurs (Britanniques, Nord-Américains, Scandinaves ou Italiens... voire quelques belges, mais ce ne sont pas les plus connus) qui savent jongler avec les dizaines de variétés de malts disponible, les variétés de houblon aromatique de plus en plus nombreuses aux registres de goûts parfaitement ahurissants, et à combiner ces variables avec une souche de levure appropriée parmi des centaines de manière à construire des profils inédits, inattendus, mais qui tiennent la route (le nez de lychee très intense et profond de certaines cask ales de micros anglaises comme Roosters ou Oakham, par exemple, est une claque existentielle qu'il faut se prendre une fois dans sa vie), on commence à saisir que le vin est justement limité par ses ingrédients et ses processus relativement figés, alors qu'au cours des vingt dernières années, la palette de goûts et le potentiel de complexité des bières "nature" a purement et simplement explosé, au point de dépasser le vin. (Le vin a certes aussi évolué vers plus de diversité dans le même temps, mais pas dans la même proportion, et de loin !)
Y'a pas photo.
Enfin, y'a plus photo.
Mais suivant où l'on se trouve, avec un choix de bières disponibles n'ayant pas suivi le mouvement, c'est effectivement difficile à percevoir.
J'ajouterais qu'en termes d'accords gastronomiques, on a aussi un potentiel supérieur, avec des gradations dans la douceur, dans la corpulence, dans l'effervescence qui sont bien plus complètes que celles des vins, en plus des registres aromatiques propres au malts, aux houblons, aux levures et à leurs combinaisons. Du coup, des plats réputés difficiles à marier avec du vin, comme, au hasard, les asperges et les desserts au chocolat, sont aisément mariables avec des bières, si on sait lesquelles choisir. Et en plus, la bière a une arme secrète: l'amertume du houblon, qui a une capacité de dégagement du palais, en particulier vis-à-vis du gras, tout à fait inattendue...
Et j'avance ça en connaissance de cause, donnant chaque année un cours sur la bière aux futurs sommeliers de l'Ecole Suisse du Vin : la partie dégustation, vu qu'elle est courte et doit marquer son monde, consiste en une dizaine d'échantillons choisis de manière à élargir "au bulldozer" le cadre de référence des participants en termes de bière (avec une seule bière "aromatisée"... et encore: c'est une cervoise). Et ça marche pas mal. Les mâchoires tombent.
Toutes les opinions se valent, mais certaines ont un budget marketing annuel de 100 millions d'Euros derrière elles. (Tim Webb)