Vous l'attendiez... (enfin au moins Bambo ^^)
Voici le topo sur la chambre de fermentation contrôlée !!! (un peu pompeux, non ?)
Alors l'idée de départ, c'est de passer à un nouveau stade dans mon brassage: la reproductibilité, en particulier sur la fermentation.
J'ai lu pas mal de choses sur les levures, à droite, à gauche, dans des bouquins écrits par des gens qui "savent", aussi... Et il ressort de tout ça que le contrôle de la température de fermentation semble assez primordiale, quand on veut aider la levure à faire vraiment ce qu'on attend d'elle, et surtout quand on veut être capable de refaire la même chose que la dernière fois s'il vous plait parce que le résultat était bon.
J'ai adopté la solution je pense la plus répandue: partir d'un vieux frigo, pour bénéficier à la fois de son isolation, mais aussi et surtout de son compresseur...
L'ami Bambo en avait justement un aux dimensions qui convenaient, qui attendait patiemment de partir à la benne...
J'ai trouvé à droite à gauche sur le net un tube de chauffage pour serre de 80W, et un ITC-310 chez broubrou. J'avais donc là les 3 éléments principaux: le chaud, le froid, et le cerveau...
Après une première étape de nettoyage, j'ai commencé par me débarrasser des choses inutiles, à savoir le bloc thermostat/sonde/lumière du frigo. Ce fut assez facile de modifier les branchements au niveau du compresseur pour shunter le système de thermostat: une cosse a bouger...
J'ai hésité un moment à réutiliser ce câble d'alimentation, en 3 conducteurs + 1 terre... Mais au final, ce n'était pas pratique, car dès le début, j'avais prévu de monter dans le frigo des petits ventilateurs (genre pour PC), afin de faire circuler l'air et homogénéiser la température... Il me fallait donc a la fois du 220 V pour le tube chauffant, et du 12 V... J'ai donc retenu la solution de créer de nouveaux passages de câble, et de garder ce passe fil pour faire pénétrer la sonde de température dans le frigo.
La forme de la porte ne convenait pas pour y fixer le tuber chauffant. J'ai donc du adapter un petit peu à ce niveau... D'ailleurs, j'aurai du mettre un masque pour meuler la mousse haute densité: j'en ai mouché pendant 2 jours !
J'ai eu peur à un moment que le tube ne vienne bloquer contre le fut de fermentation, mais en fait, ça passe tout juste. Du coup, il était important de placer les mini ventilateurs sous ce tube, afin d'éviter la formation d'un point chaud sur le fut...
Finalement, j'ai percé la porte pour installer une prise 220V à l'intérieur (pour le tube), et pour passer l'alimentation 12V pour les ventilos. Du coup, ça reste modulaire: je peux théoriquement changer le tube à l’intérieur, ou les ventilos, ou le contrôleur de température à l'extérieur, ou l'alim 12V, sans devoir tout repenser... J'ai fixé une boite de dérivation en façade pour protéger les connexions, et installé une vieille prise XLR de récup pour l'alimentation 12V...

Il reste un peu de rangement de câbles à faire, mais l'idée est là. Sur le dessus, juste posé pour le moment, une multiprise à interrupteur, qui me sert de général pour alimenter le contrôleur et les ventilateurs, via l'alim 12 V...
Un autre problème m'a effleuré l'esprit: la planche en plexi du bac à légume n'avait pas vraiment l'air d'être taillée pour supporté le fut avec ses 36 litres de mout dedans...
Du coup, j'ai utilisé un tasseau en bois pour faire un genre de clayette. (en fait, suite aux tests finaux, je pense que je vais même remplacer ça par une bête planche en bois découpée dans une vieille étagère...)
Tout est paré pour les tests: je veux être sur que le contrôleur régule correctement la température du mout... J'ai fabriqué un support pou la sonde de température, qui la plaque contre le fut, et l'isole de l'air du frigo: j'ai récupéré un des morceaux meulé dans la porte pour ça. J'ai installé un deuxième support de ce type, pour y mettre un datalogger et suivre la température (j'ai trouvé des petits machins à 15 euros chez banggood.com, qui font super bien le boulot !)
Pour les tests, j'ai également installé un second datalogger posé sur la clayette, afin de pouvoir comparer les températures dans le fut, et dans l'air de la chambre.
Cela dit, il était important de vérifier deux choses:
1-fiabilité des dataoggers: ils sont parfaitement fiables, entre eux, et comparés à un thermomètre normal, dans la plage de 0 à 35 degrés... (et au pire, ils ont une fonction d'étalonnage)
2-la sonde plaquée sur le fut, avec son support isolant, mesure-t-elle *vraiment* la température du mout ? Pour cela, j'ai laissé une sonde de température de mon thermomètre de cuisine tremper dans les 40 litres d'eau versés dans le fut... La mesure est fiable à 0.2°C en phase d'équilibre, mais présente un retard pouvant aller jusque 1 degré en phase de changement de température. C'est surement du au fait que mon thermomètre de cuisine mesurait la température au centre du fut, là ou l'inertie thermique était la plus importante...

(sur le contrôleur, en haut, la température de la sonde sur le fut, en bas la consigne. Le thermomètre vert posé au dessus mesure la température au coeur du liquide... C'est assez proche !)
J'ai fait un test sur 4 jours, en partant d'un liquide à environ 18°, et une première consigne à 22°C, puis un palier à 23°, un à 26°, et enfin un cold crash à 5°... Les dataloggers m'ont permis de suivre tout ça à la minute:
(il manque le tout début des données: j'avais programmé un retard d'une heure sur les loggers, pour éviter de capturer la température de mes mains, de l'air du garage, etc...)

En bleu le mout, en rouge l'air. On voit clairement le décalage, logique, puisque la température utilisée par le contrôleur est celle du mout.
1- début du test, consigne 22°C
2- la température est atteinte. On note que l'air est plus chaud, et que le chauffage se coupe quand le mout arrive à 22. La température "ambiante" redescend à l'équilibre...
3- après réglage de la consigne à 23°, même phénomène. On constate que sur les petits écarts, on n'overshoot pas l'objectif. C'est une bonne chose.
4- ici on a un phénomène très intéressant: la consigne a été passée à 26°. On voit qu'on dépasse largement la température de l'environnement du frigo: alors que la température du mout en bleu reste dans la marge des 0.5° par rapport à la consigne, la température de l'air en rouge chute rapidement. Mais comme le mout reste dans la fourchette, il n'y a aucune raison que le chauffage se redéclenche... Malheureusement, je n'ai pas laissé cette phase en plateau assez longtemps pour voir ce que fait la température de l'air une fois que le mout redevient "trop froid". En même temps, j'ai découvert ces données *après* la fin du test.
5- froid devant ! Consigne à 5°. Et là, on constate tout de suite la différence de puissance entre l'élément chauffant et le compresseur : le changement de température se fait à une vitesse vertigineuse !
6- autre point super intéressant: on voit la différence d'inertie thermique ente le chauffage et le refroidisseur... L'air continue a refroidir même après que le mout soit arrivé à 5°... Je pense que c'est du à la présence du compartiment freezer, qui est beaucoup plus froid que le frigo... Il doit relarguer pas mal de frigories... Et encore une différence: on est très loin de la température de la pièce, et le compresseur n'a pas d'inertie propre. Du coup, la température du mout est beaucoup moins stable... On oscille autour de +/- 1°, avec des sur-corrections à chaque fois que le compresseur démarre ou s’arrête. Cela pourrait peut être se corriger s'il faisait froid dehors, ou si je réduisais le délai de protection du compresseur contre les cycles courts... Mais cela risquerait de le fatiguer inutilement... Et au final, on reste dans une gamme "correcte" de température, je trouve... D'autant plus que je ne brasse pas encore de lager.
Au final, le contrat est rempli. Je vais pouvoir contrôler assez finement la température de fermentation de mon mout. J'ai hâte de brasser, et surtout de gouter le résultat de la première fermentation contrôlée ! Je vais d'ailleurs rebrasser quelque chose que j'ai déjà fait, afin de pouvoir comparer un petit peu. Je vous raconterai !
Bon brassage à tous !
Thoto