54alex54 a écrit :N'assiste t on pas simplement à un retour à la normale après une serie d'envolée speculative qui a artificiellement augmenté les cours ?
C'est beaucoup plus compliqué que cela. On est arrivé à un moment de tension sur les marchés à cause de plusieurs facteurs. Il faut arrêter avec la spéculation, ce n'est pas la source de tout non plus
D'abord l'orge est en compétition avec les cultures dites de consommation humaine (céréales panifiables) mais également avec les autres céréales à usage animal et les éco-carburants. Ensuite, il y a bien entendu le système de la politique agricole commune (PAC) avec ses jachères qui sont là pour stabiliser le stock de céréales afin d'en lisser le prix et garantir un revenu décent aux agriculteurs. Mais personne n'a vu l'épuisement des dits stocks depuis 5 ans... A cela tu rajoutes deux saisons pourries (donc même si en 2006, la quantité était là, la qualité... beurk), et les prix flambent. Comme ça flambe, ça intéresse les fonds de pensions, qui pour certains ont même fait des stocks (comme pour le pétrole) pour spéculer à la hausse et maintenir plus longtemps un prix élevé. Pour les Etats-unis (EUA), le système est presque pareil, hors PAC.
Ensuite, le marché est globale. Donc géré par de grandes transnationales. Les producteurs ont souvent des contrats avec des grandes malteries ou autres, cela leur assure d'écouler les stocks, mais à prix fixe. Sur le marché mondial, c'est l'offre et la demande. Cependant, à la fin de l'année, il reste généralement un petit surplus, qui conditionne le prix pour l'année suivante (ça évite une tension à l'inter-saison). Or depuis 2006, il ne reste plus rien!
Maintenant, tu vas me dire, pourquoi m'appesantir sur l'UE? C'est le principal producteur de malt, un peu plus de la moitié de la production mondiale, les EUA sont de petits producteurs, comme le Canada et l'Australie: l'Amérique du Nord produit à peine 1/4 de la production mondiale. Donc forcément, 2006 et 2007 étant des années pourries, notamment en Europe... Le calcul est vite fait.
La récolte de cette année est le résultat d'un ajustement de la production mondiale (plus de surface pour l'orge) et d'une bien meilleure année. On tente également d'implanter de nouvelles variétés, un peu comme le houblon. Cependant les tensions persistent. Pour l'instant, elles sont plus ou moins cachées par la crise économique: on risque de créer un peu de stock cette année. Mais la prochaine fois?
Globalement, il y a énormément de similitude entre la crise du houblon et du malt: stock important au départ, donc diminution des surfaces, et diminution du nombre de variétés (les moins rentables); il suffit de deux mauvaises années pour que le système implose.