Dans ma jeunesse...(Oui je sais, ça fait vachement longtemps) quand j'allais trainer dans le village Vendéen de ma grand mère, j'avais un bon copain qui était ouvrier boulanger.
C'était un gars qui aimait beaucoup la bière.
A cette époque là, il n'y avait pas encore de tirage pression dans le village, même si il y avait beaucoup plus de cafés qu'aujourd'hui. Les tenanciers d'estaminets venaient le matin avec leur crochet à glace qu'ils piquaient d'un maître coup dans le pain de glace laissé sur le trottoir par le livreur et ils allaient le mettre dans la glacière... c'étaient les frigos de l'époque... Tain! je m'fais vieux quand même... mais bon, c'était au siècle dernier aussi (j'ose pas dire le millénaire d'avant
Donc, j'allais voir mon pote le boulanger, à la débauche comme on dit chez nous, c'est à dire quand il avait fini sa dernière fournée et avant qu'il ne parte se coucher. Comme c'était un garçon d'une grande gentillesse et très serviable, au dessus du four, il bichonnait les jambons que le charcutier et quelques particuliers lui confiaient pour les faire sécher.
Dans son four, il consentait aussi à cuire quelques petites choses pour les personnes qui avaient sa sympathie... et même quelques blés et quelques appâts pour les pêcheurs.
Toutes ces bonnes âmes savaient être généreuses envers notre bien aimé mitron et n'hésitaient pas à lui payer un gorgeon de sa boisson favorite au café du coin... enfin...bon, disons aux quatre coins du village, qui n'étant pas carré, en avait plus de quatre...
Hé Marcel!... t'as une bière qui t'attend chez Laurent!... Marcel!... j'ai payé une mousse pour toi chez Yvette... Hé Marcel!....
Bon!... ben notre bon Marcel, il avait du boulot avant de se coucher... Alors comme je n'ai pas un mauvais fond, j'allais avec lui pour l'aider... enfin... pas tous les jours hein....
Alors quand on arrivait au café, c'était pour s'assoir à une table de bois, bien cirée pour que les liquides ne tachent pas et s'essuient facilement sans pénétrer. autour, il y avait des bancs dans les plus vieux troquets et des chaises et des tables pour les plus modernes. certains avaient des bars (comme chez les amerloques) mais pas tous. En tous cas, aucun n'avait de tirage pression. La bière, ben, comme son nom ne le laisse pas supposer , c'était une bière pils, fabriquée à Nantes, aux célèbres "Brasseries Nantaises" ça faisait partie après déjà quelques regroupements, du groupe "La Meuse" et la bière, c'était la "Meuse Royale" 50 cl.
Marcel posait ses fesses sur le banc, ciré lui aussi et il lançait, après le bonjour de rigueur: "Y a Hanoï (un pensionné qui avait fait l'Indochine) qui m'a laissé un colis qu'y parait!"
- Ben oui Marcel pis ton patron aussi, ça fait deux... comme d'habitude?
- ah non, d'habitude, y en a qu'une...
Et la patronne nous amenait les précieuses bouteilles bien fraiches. La plupart du temps, c'était une Meuse et deux verres...
Comme la bouteille faisait 50 cl et les verres 25 cl... c'était pile poil!...
Quand on avait fait le tour, j'étais encore un peu gamin, je rentrais chez la grand mère en rasant les murs...
Bon, alors!....
Ben les Brasseries Nantaises , rachetées par le groupe BSN, puis devenues "Européenne de Brasserie" sous la houlette Kro, ont été fermées en 1985 et détruites par la suite.
J'ai toujours gardé la nostalgie de cette bouteille qui ressemblait aux bouteilles de Valstar en diamètre, mais moitié plus petites en hauteur. Je vous mettrai une photo un de ces jours.
Mon plus grand plaisir serait d'avoir une bouteille de cette époque.
C'était en quelque sorte, le biberon avec lequel je suis passé à l'âge adulte en me faisant le palais à la douce amertume, qui me faisait bien grimacer un peu au début, mais je me suis plu ensuite à ces goûts qu'on ne retrouve plus aujourd'hui dans les bières disons...populaires, car il faut lisser le goût...jusqu'à le faire disparaitre...
Bon, en tous cas, si quelqu'un a une bouteille de Meuse royale 50cl... ou connait quelqu'un qui en a une et serait disposé à me la céder...
Christian



