Les Brasseurs de Goût a écrit:1) Afin d'obtenir un certain IBU, est ce équivalent de mettre 10g de houblon à 10 alpha ou 50g à 2 alpha.
Non. Enfin, peut-être, mais les IBU ne sont qu'une petite partie de la vaste question de l'amertume et du houblonnage.
Si tu travailles uniquement avec de l'mérisant, tu risques d'avoir le même problème que les bières de masse : une amertume qui paraît brutale même à des valeurs modestes genre 15-20 IBU, parce qu'elle n'est pas accompagnée par le côté aromatique du houblon...
Si tu travailles avec plus d'aromatique ou que d'amérisant, ou que de l'aromatique, ton amertume sera enveloppée au palais dans l'arôme des ces houblons nobles, et paraître moins débraquer de nulle part.
Les Brasseurs de Goût a écrit:2) Si oui, quel est la différence entre le houblon amer et aromatique (à part le taux d'alpha) ?
La réponse est dans la question que tu poses : les composantes aromatiques, les arômes qu'elles amènenent au nez et au palais, donnant de la complexité, de la rondeur, de la profondeur, des notes tantôt résineuse, poivrées, mielleuses, de foin frais, d'agrumes, de fruits exotiques, de fruits rouges, de cassis, d'abricot, voire de bougeon de pin...
Le problème quand on est dans le contexte bièreux français est que les bières avec un houblonnage dominant sont rares dans le paysage habituel du buveur moyen (à part quelques belges comme l'Orval ou la Duvel), et que le goût dominant des bières françaises est clairement du côté du sucré, plus encore qu'en Belgique...
Donc le goût des houblons dans toute leur diversité aromatique est un bagage qui manque à la plupart des buveurs français, et il faut généralement quelques bonnes baffes au houblon avec des bières de qualité britanniques, nord-américaines, voire tchèques pour que ça change.
On devrait pouvoir trouver quelques conversions miraculeuses au pouvoir du houblon sur ce forum, peut-être bien une ou deux dont je suis coupable...
Il y a dans le monde francophone une peur de l'amertume de la bière qui est très répandue. C'est un fait.
Pourtant, j'ai souvent vu en dégustation des gens qui arrivent en déclarant catégoriquement qu'ils bloquent sur une Kro et qui aiment finalement beaucoup une pale Ale US très fruitée (et un fruité lié aux variétés de houblons utilisées : Cascade, Liberty, Amarillo etc.) comme l'Anchor Liberty, avec un IBU qui est pourtant le double (env. 35 contre env. 17) !
Le problème est toujours ce manque de bagage, le fait que s'il n'y a personne pour aider à comprendre, expliquer l'amertume, comment l'apprécier et expliquer comment distinguer une amertume noble d'une amertume au rabais...
L'air de rien, si des houblonniers se sont fait tartir depuis des siècles à sélectionner des variétés aromatiques, c'est pour de bonnes raisons de goût du produit fini... et si on cultive et on emploie toujours ces variétés aromatiques qui sont chères et "peu rentables" en termes d'IBU, c'est bien qu'on y trouve son compte quelque part, non ?
Surtout que ces variétés aromatiques chères, c'est justement en brasserie artisanale qu'on en emploie relativement beaucoup, pour se distinguer des bières blondes de masse...
Santé !
Laurent
Aimer la bière n'a jamais empêché d'avoir du goût.