63lolo a écrit:Une fois qu'on y a gouté, à chaque bière forte l'esprit y revient.
Non non, je t'assure, si on ratissse assez large, y'a beaucoup mieux...
63lolo a écrit:L'alcool omniprésent quelque part masque l'absence de goût.
Dans les bières commerciales c'est à ma connaissance, très souvent part rajout de sucre ce qui est à la portée de tout le monde.
Biere du démon, Kasteelbier, Bush et consorts c'est bon pour en prendre une à part cela. Bof...
Oui ben bière du démon, c'est effectivement pas une référence... fermentation basse, glucose à donf, mal de tronche assuré... Kasteelbier et Busch ont aussi un alcool très évident.
Mais on les boit aussi systématiquement trop jeunes et un peu brutes.
Les Barley Wines de tradition anglaise (et, par extension, étasuniennes) sont tout à fait autre chose. Michael Jackson a beau parler de "belgian barley wines" pour des choses comme la Busch, il ne faut pas s'y laisser prendre...
Gwenaël cite la Thomas Hardys, qui est effectivement un des étalons du genre depuis fort longtemps.
Et tellement épaisse à sa sortie de brasserie qu'il est fortement recommandé de la laisser 5 ans en cave avant de la boire. Par contre, des bouteilles de 10, 15, 18 ans se tiennent de manière remarquable.
En fait, le terme "barley wine" recouvre un domaine assez vaste, les les BW anglais vont du blond paille au brun rouge, avec une dominante maltée fruitée (genre raisins secs au rhum), et un houblonnage costaud (Thomas Hardys : OG 1125 / 12% alc/vol / 75 IBU).
Une caractéristique qu'on peut trouver, mais qui n'est pas obligatoire, est une acidité vineuse / boisée plus ou moins marquée. L'archétype du genre est la Prize Old Ale de Gales (Fullers), qui n'est pas sans rappeler une Liefmans Goudenband, en plus sec, plus houblonné (1094 / 9% alc/vol / 48 IBU), et avec une effervescence proche de zéro, qui la fait furieusement ressembler à un sherry sec.
Elle descendrait directement d'un "stingo" introduit dans les années 1920.
La plupart des BW anglais et US ont un alcool relativement peu présent, car il est environné d'assez de corpulence ("épaisseur" en bouche), sans tomber dans les extrêmes sirupeuses des doppelbocks allemandes (cf. EKU 28, Eggenberger Urbock etc), d'esters fruités (qui occupent une partie de la palette de goût assez proche de celle de l'alcool), et de houblons aromatiques pour s'intègrer dans le profil plutôt que le dominer (ce qui arrive quand trop de sucres ajoutés).
Leur profil diffère aussi largement des fermentations hautes belges à densités comparables de par le caractère des levures utilisées, l'absence d'épices, et un choix de malts qui aura plus tendance à tirer sur la noisette que sur le caramel.
Les variations US ont tendance à se vautrer dans le sur-houblonnage, la barre des 100 IBU étant assez souvent dépassée, même si du coup l'intensité et la profondeur aromatiques sont souvent remarquables, avec des agrumes, des fruits rouges, des notes résineuses, du bourgeon de sapin, des fruits exotiques... tout ça juste par la combinaison entre esters et houblons. Mais vu le fort houblonnage, ça aurait tendance à provoquer des attaques de paupières...
Il y a d'ailleurs un excellent article historique de Martyn Cornell (auteur de l'excellent "Beer : the history of the pint") sur les stingos, stock ales, arctic ales, old toms et autres précurseurs des barley wines dans le dernier numéro de "What's Brewing" (février 2007, page 14 du deuxième cahier "Beer"), le mensuel de la CAMRA.
Dernier point, avant qu'on ne les mette sur le tapis comme "exemples" : les Gordon's Red, Gold Platinum et tout le toutim ne SONT PAS des barley wines, mais des "superstrength lagers" (ou aussi "loony juice", voire "rocketfuel"), à savoir des fermentations basses dopées au sucre jusqu'à des niveaux pas raisonnables. A comparer à la Bière du Démon, par exemple.
Pas vendues en Grande-Bretagne, d'ailleurs, mais à l'origine produites uniquement pour le marché belge...
Santé !
Laurent
Toutes les opinions se valent, mais certaines ont un budget marketing annuel de 100 millions d'Euros derrière elles. (Tim Webb)